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Commend nous apprenons ensemble

Des Espaces Qui Bougent

De plus en plus les designers cherchent à identifier les ingrédients clés dans le design d’espaces qui moussent réellement l’apprentissage entre créateurs et entre pairs. Quels sont’ ils ?

Au cœur du studio de design Bruce Mau

Ils sont 50 à partager un espace ouvert dans un vieil entrepôt de Toronto.  L’un des studios de design les plus dynamiques du Canada.  Ce studio multi-disciplinaire touche à tout ce qui a trait à l’identité visuelle, en développant des logos, des sites Web, de l’emballage ainsi qu’en concevant des environnements physiques.  Leur liste de clients ratisse large : du centre de recherche africain et afro-américain Hutchins de Harvard aux stations de services routiers ontarien ONroute.  Nous nous sommes entretenus avec l’une des directrices créatives du studio, Laura Stein.

Visualisons-les un moment.  Une grande salle ouverte où œuvrent des équipes de travail regroupés librement. L’utilisation de matériaux que Stein appelle lo-fi est à l’ordre du jour : des post-its, des maquettes sommaires, du carton.  Stein explique :

« La clé de notre esprit de création : pouvoir se retourner pour avoir une conversation facilement.  Être capable d’afficher rapidement des esquisses de notre travail pour les regarder tous ensemble.»

Tout pour faire émerger les créateurs de leurs écrans, élargissant du coup leurs horizons et les éloignant de leur manière subjective de voir les choses.  D’après Stein, le design des espaces qui encouragent et stimulent ce partage des connaissances est au cœur des préoccupations de leur studio.

Une variété d’espaces

Une autre manière d’encourager la conversation et la collaboration se situe dans la variété de leurs espaces de travail.  Des pièces aux différentes grandeurs aux fonctions multiples complètent la salle commune des bureaux.  Une salle sans chaise, qui favorise par ricochet la conversation active debout.  Une salle plus petite avec une table où on peut s’asseoir confortablement pour avoir un échange plus intime.  Une salle minuscule où l’on peut se réfugier avant de retourner à la grande salle plus agitée.  La clé c’est la variété.  « La variété de temps et d’espaces pour s’éloigner des autres et réfléchir plus profondément à certains enjeux mais aussi pour revenir en groupe et ensuite collaborer ensemble » explique la directrice créative.

L’échelle des espaces

Cela fait des décennies que le designer industriel et professeur à l’UQAM, Koen de Winter œuvre dans le design pour des clients aussi variés que Volvo et Danesco.  D’après lui, l’un des vecteurs principaux qui favorise le plus la participation et la communication entre pairs est l’échelle des espaces.

« La recherche insiste sur l’importance de travailler, surtout en mode du remue-méninge, dans des espaces qui ne sont pas trop grands.  En effet, il devrait y avoir une adéquation directe entre le nombre de participants et l’espace occupé.  L’espace ne devrait pas être trop grand pour favoriser l’intimité et la proximité »

explique le designer.

Doser distraction et concentration

Afin que les apprenants puissent garder leur concentration et maintenir des échanges soutenus, l’environnement devrait aussi offrir peu d’autres distractions.  Les sens ne doivent pas être surchargés.  Il est difficile d’apprendre lorsque nos sens sont absorbés par un milieu trop riche en stimuli.  « Mais attention de ne pas éliminer les fenêtres et  de gommer toutes formes de distractions.  Le cerveau de l’apprenant a besoin de se reposer lors d’un effort soutenu et même de régulièrement changer la distance du focus de ses yeux.  L’effort qu’exige l’apprentissage et les échanges ne peuvent pas être soutenus sur de longues périodes.  Il est donc nécessaire d’intégrer au travail des instants de distraction afin de mousser la productivité » dit de Winter.  Des fenêtres qui laissent entrer la lumière naturelle et la possibilité de regarder à l’extérieur sont ainsi fondamentaux. Exit s’enfermer dans des lieux clos sans fenêtres.  De Winter mentionne d’ailleurs qu’en Hollande et au Danemark, il est illégal de créer des espaces de travail sans fenêtres.

L’environnement comme enseignant

Dernièrement, Laura Stein a participé à la création du livre Third Teacher où sont dévoilées 79 idées pour transformer l’enseignement et le design.

La question phare qui a guidé leur recherche: comment le design affecte t’il l’éducation?  Les auteurs ont réalisé rapidement que l’environnement est un enseignant.

Pour favoriser l’apprentissage, il est donc fondamental de concevoir des espaces qui stimulent les sens et qui permettent aux apprenants d’être en mouvement.

Équilibre et flexibilité

Dans un contexte d’apprentissage entre pairs, nous pouvons alors imaginer des espaces où ont lieu des conversations actives permettant aux participants de bouger, de se lever, de poster des idées sur un tableau mais aussi ensuite de s’asseoir et se recueillir.  « Pour apprendre, l’être humain a besoin de flexibilité et d’équilibre afin de concilier des moments de conversation mais aussi de pensée profonde » dit Stein.  D’être concentré mais aussi d’être stimulé, de bouger mais aussi de se recueillir dans des espaces aussi variés que l’éventail des besoins humains.  La clé du design d’espaces créatif résiderait ainsi dans la variété de possibilités qu’ils offrent.


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Alexandra Guite

Originaire du village de Percé, Alexandra GUITÉ a toujours rêvé de capter ce qui inspire et bouleverse. Fascinée par l’art de raconter une histoire émouvante, elle est devenue cinéaste documentaire et vidéojournaliste tout en poursuivant des études doctorales en sociologie. Des passions qui l’ont menée à parcourir le monde et à réaliser plusieurs documentaires dont le documentaire Web primé Écologie Sonore pour l’ONF/ARTE ainsi que plus d’une soixantaine de reportages et de portraits pour Radio-Canada. Éprise de culture et des potentiels collaboratifs qu’offrent les nouvelles technologies, elle a réalisé des chroniques technologiques et culturelles hebdomadaires pour la télévision et la radio de Radio-Canada. Professeure de talent, elle enseigne présentement les médias interactifs, le journalisme et le cinéma au collégial. Ce qui la motive : le partage et la communauté.