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Pourquoi donner de son temps et de son énergie?

Pourquoi donner de son temps et de son énergie?

Image: Gabor DvornikWe are one

 

Mentorer un nouvel hôte!?  Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir ce message du site d’hébergement Airbnb dernièrement.  Airbnb me félicitait d’être devenue une hôtesse dotée de 5 étoiles rutilantes.  En effet, je loue une chambre dans mon appartement sur le service depuis environ un an et les commentaires sont élogieux.  Mais par la même occasion, on m’offrait de participer à un programme pilote de mentorat des nouveaux hôtes.  La proposition: être jumelée avec jusqu’à quatre nouveaux hôtes de mon secteur afin de leur faire profiter de mes connaissances et savoir-faire.

Mentorer la compétition ?

Petit malaise : ces nouveaux hôtes sont ma compétition émergente.  Et il y a de plus en plus de gens qui, comme moi, s’improvisent aubergistes pour boucler leurs fins de mois.  À Montréal, en décembre 2014, les internautes avaient le choix entre 4372 annonces sur Airbnb.  Et les impacts de cet engouement sont clairs.  J’ai connu une baisse d’achalandage fulgurante, de près de 40%, en ces mois d’hiver qui s’étirent.  Et maintenant en pleine disette, on me demande de donner des conseils, de partager mes expériences et d’outiller des futurs hôtes.  Pourquoi je le ferais ?  Je me suis alors demandé qu’est-ce qui motivait vraiment les gens à partager leurs expériences et à devenir mentors.

Pourquoi mentorer ?

Chez Mentorat Montréal, qui jumèle des nouveaux arrivants au Québec avec des professionnels dans des domaines aussi variés que la finance, l’informatique et la traduction, « l’objectif du mentorat est d’établir une relation d’échange et d’apprentissage. »  Qu’il s’agisse d’appuyer des nouveaux arrivants dans la rédaction de leur CV ou de les conseiller dans leurs préparations d’entrevue, les mentors partagent leurs connaissances et leurs expertises de la culture du travail au Québec.

Pour Michel Filiatrault, conseiller en affaire électroniques et mobiles chez Télus Québec et un mentor auprès de Mentorat Montréal depuis 2014, il est clair que le déclic initial est venu de son employeur, qui incite ses employés à s’impliquer dans des causes et dans la communauté.  Mais personnellement, il brûlait aussi d’envie de partager son vaste bagage d’expérience, qui comprend du travail à son compte et une longue feuille de route chez Bell.

Une goutte dans l’océan

Pour lui, les satisfactions du mentorat sont grandes : notamment la sensation altruiste d’aider et d’appuyer quelqu’un dans ses démarches.  Des démarches qu’on a soi-même parcouru et des obstacles sur lesquels on a jadis trébuché.  En cultivant des rapports de mentorat et de partage de connaissances, il est certain qu’on participe aussi à la création d’un monde pétri de plus d’espoir et de tolérance.

Mais Michel Filiatrault note aussi une motivation plus égoïste, celle d’influencer le parcours et de placer son grain de sel dans l’expérience d’autrui.  Être mentor, c’est aussi la confirmation qu’on est arrivé dans la vie.  Qu’on n’est plus au bas de l’échelle.  Que notre expérience est maintenant digne d’être partagée.  Filiatrault, qui a travaillé en Afrique et dont la conjointe est européenne, sait aussi d’expérience à quel point tout est à apprendre lorsqu’on vient d’arriver dans un nouveau pays.  Il faut s’adapter, se trouver un emploi, développer un entourage, se faire des amis etc…

Des rencontres structurées

Pour faciliter cette intégration, Michel Filiatrault rencontre ses mentorés en moyenne une fois par deux semaines pour des séances d’environ trente minutes.  Des rencontres structurées où des enjeux concrets sont élaborés (préparation d’entrevue, technique de réseautage, analyse d’un enjeu de travail particulier).  Une fois que le mentoré a réussi à se trouver un emploi, les rencontres cessent de manière formelle.  « Il n’y a pas de recette miracle.  C’est du cas par cas et les profils de personnalité doivent coïncider», précise-t-il. Car le mentorat ne peut se limiter à une relation unidirectionnelle.  Une chimie doit opérer et la contribution doit être mutuelle.  Le jeu doit être riche et intéressant pour les deux joueurs.

Une tradition dans les grandes entreprises

Le milieu des affaires cultive étroitement la dynamique du mentorat.  D’après Filiatrault, c’est une façon évidente de progresser au sein d’une entreprise.  C’est même la manière par laquelle plusieurs compagnies forment, encadrent et suivent leur relève.  Avoir un mentor devient ainsi un gage de développement dans l’entreprise, favorisant ainsi des parcours plus classiques au sein d’une même entreprise.

Un brin rêveur, Michel Filiatrault, qui a travaillé dans plusieurs compagnies de télécommunications et n’a jamais vraiment eu un mentor, se demande même si sa vie aurait pu être radicalement différente s’il en avait eu un: « je serais peut-être aujourd’hui dans une grande job ».  On ne le saura jamais, mais il est certain que plus d’un parcours professionnel serait différent s’il avait été échafaudé sous la tutelle généreuse d’un bon mentor.

 

À la lumière de cette réflexion, je n’ai pas donné suite à la proposition d’Airbnb. Je ne me sens pas encore être une aubergiste d’expérience en mesure de faire profiter les autres de mes connaissances.  Je réalise qu’une certaine sensation d’abondance et de confiance dans son domaine doit primer pour devenir mentor.  On se souhaite tous d’en arriver là!

 


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Alexandra Guite

Originaire du village de Percé, Alexandra GUITÉ a toujours rêvé de capter ce qui inspire et bouleverse. Fascinée par l’art de raconter une histoire émouvante, elle est devenue cinéaste documentaire et vidéojournaliste tout en poursuivant des études doctorales en sociologie. Des passions qui l’ont menée à parcourir le monde et à réaliser plusieurs documentaires dont le documentaire Web primé Écologie Sonore pour l’ONF/ARTE ainsi que plus d’une soixantaine de reportages et de portraits pour Radio-Canada. Éprise de culture et des potentiels collaboratifs qu’offrent les nouvelles technologies, elle a réalisé des chroniques technologiques et culturelles hebdomadaires pour la télévision et la radio de Radio-Canada. Professeure de talent, elle enseigne présentement les médias interactifs, le journalisme et le cinéma au collégial. Ce qui la motive : le partage et la communauté.