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Redevenir humains

Redevenir humains

Image: TEDxDeusto. People that humanized the world already

J’ai pu m’intéresser récemment aux pratiques d’une compagnie assez particulière qui oeuvre dans le bien-être sociétal et l’épanouissement global: Meetup. Meetup permet la formation de groupes de gens qui partagent un intérêt. Sur la page d’accueil, on peut lire : “Trouvez votre communauté”, mais au fond, on y trouve probablement bien plus que cela: Ici, on coud du tissu social, on amplifie les initiatives, on désenclave les projets.

De l’autre côté du miroir, les employés de Meetup travaillent certes de manière fusionnelle, mais en vase clos. Leur réfrigérateur est rempli d’une variété de boissons à faire pâlir un dépanneur spécialisé, ils ont une salle de jeu aussi grande que la surface allouée au travail et des costumes de cowboy sont en tout temps disponibles.

L’exemple de Meetup m’amène à me demander comment on peut être couronné de succès à la fois sur les plans humain et économique lorsque l’on parle, comme chez E-180, d’éducation, d’économie sociale et de micro-initiatives citoyennes – trois domaines qu’on imagine incompatibles avec la notion de rentabilité, à fortiori lorsqu’elles sont combinées.


C’est après septembre 2001, que Scott Heiferman, CEO de Meetup, décide de lancer sa compagnie, ayant goûté à la valeur de la connexion humaine:

“For a little bit there, New York became a pretty friendly place. I talked to more neighbors in the days after 9/11 than I had in recent years of living in New York, having moved to New York from Iowa, a few years earlier.”

Cette tendance à connecter s’est amplifiée avec les années jusqu’à devenir aujourd’hui le début d’une nouvelle ère, celle du “ici et maintenant”.

Les grandes tendances pour les prochaines années se dirigent inexorablement vers la recherche de moments humains et imparfaits: une rencontre impromptue, un choc des idées, un voyage, l’exploration au-delà des limites de sa zone de confort… Connectés à nos cellulaires, nous essayons d’être surpris non plus par ce que les médias sociaux nous imposent, mais par nous-mêmes et par autrui. Par lassitude, overdose ou fuite d’un certain formatage intellectuel, nous tentons de nous extirper de ce que Facebook, Twitter ou Google nous proposent. En 2015, on commence à trouver le refuge dans l’humain, dans la chaleur et l’incertitude de relations authentiques que l’on consomme comme des bonbons.

Comment cela se concrétise-t-il ?

Nous, consommateurs, membre de familles, travailleurs, commençons à chercher ce dont nous avons besoin au-delà des canaux classiques de distribution et d’information. L’essor de l’économie collaborative et des technologies permet de fournir tout le nécessaire pour s’éduquer, partager, donner ou commercer entre pairs, mais cette fois-ci de manière plus efficace.

Le seul frein: il nous faut réapprendre le comportement naturel de sociabilisation dont le but est la recherche d’expériences plutôt que d’objets : on “hacke”, on “DIO” (Do it ourselves), on “Brain date” avec E-180… Désabusés par la standardisation et la volonté des grosses compagnies de changer le monde à leur image, nous sommes en quête de codes culturels clairs.

Cette quête de l’humain entraîne naturellement que l’on se cherche, que l’on essaie, que l’on teste, tant et si bien que de nouvelles expériences apparaissent. Les magasins en ligne ouvrent des boutiques physiques ouvertes 24/7, les géants de la production créent leurs sous-marques artisanales, les boutiques déjà établies ouvrent des magasins expérientiels éphémères ou se transforment en galeries d’art populaires.

Certaines compagnies ont compris que l’aléa des personnalités et des quêtes de vie donne une opportunité de créer des collisions uniques. En ligne, il y eut les forums, les salles de discussion; on se souviendra de Chatroulette, avec ses 800 000 visiteurs quotidiens, et de tous ses clones apparus suite à la demande de la communauté pour des outils similaires plus “sérieux” qui relieent des gens qui ne se connaissent pas. Il y eut par exemple les sites de soutien, de micro-crédit tels que microworld.org ou kiva.org; également les plateformes de sociofinancement comme indiegogo.com ou kickstarter.com qui tentent de rapprocher des gens qui ne se seraient autrement jamais parlés et encore moins financés.

En outre, les humains se régalent de découvertes, de sérendipité et de surprises. Parmi bien d’autres, l’application mobile Random ou le site de vente en ligne Lyst poussent maintenant du contenu et des objets totalement aléatoires en complément de leurs suggestions rationnelles.

Pour les compagnies qui offrent et monnaient avec succès ces expériences humanisées, la rentabilité peut donc être au rendez-vous en même temps que la satisfaction d’avoir un impact positif sur les sociétés qu’elles desservent.

Cette quête d’humanité serait-elle un luxe de nos sociétés occidentales ? Possible. Mais au regard de ce qui se fait dan le monde, la globalisation économique devient globalisation comportementale qui conduit à une perte d’identité.  La prise de conscience de ce fait est évidemment la première étape pour en sortir, l’acceptation suit naturellement ce processus pour terminer sur la prise d’action, période dans laquelle nous vivons présentement.

L’avenir nous dira si les gens comme moi ont eu raison de s’accrocher au rêve d’un monde où l’activité économique est reconsidérée comme un concept global humanisé.


E-180 vous connecte avec des humains aux intérêts similaires, intéressés à vous rencontrer en personne et un-à-un, dans le but d’échanger des connaissances, le temps d’un café. E-180: Les grands esprits se rencontrent. Inscrivez-vous: c’est gratuit!

 

 


Brice Salmon

Diplômé d’économie et d’audiovisuel, il fait ses classes en tant que post-producteur à Paris puis se dirige ensuite vers le web, pour devenir Chargé de comptes et de projets. Il part ensuite au Portugal faire un studio de production web et apprend le portugais par la même occasion. En parallèle, il y crée une boutique en ligne. Dès lors, son goût pour l’entrepreneuriat et les voyages le pousse à s’installer au Québec en 2012 où il rejoint dans un premier temps l’agence de communication Sid Lee puis Commun en tant que producteur. Depuis 2014, Brice est consultant indépendant en stratégie marketing, fondateur de Glasgow Studio, un studio de design à Montréal et de Baltic Club, créateur de cartes géographiques dessinées à la main et chargé de projets pour E-180.